Devant les élus de l’Union sacrée de la Nation (USN), Félix Tshisekedi a accusé l’ancien président Joseph Kabila d’être sorti de sa réserve sous la pression, afin de donner une apparence congolaise à l’agression dont la RDC accuse le Rwanda. Le chef de l’État estime également que les sanctions et la pression militaire exercée par Kinshasa ont fragilisé Kigali et contribué à pousser son prédécesseur à se dévoiler politiquement.
Félix Tshisekedi a vivement critiqué Joseph Kabila lors de sa rencontre avec les députés et sénateurs de l’Union sacrée, samedi 24 octobre. Le président congolais a interprété la récente prise de position de son prédécesseur comme une tentative de donner une coloration nationale à une crise sécuritaire qu’il attribue au Rwanda et à ses alliés dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Selon les propos rapportés, le chef de l’État a affirmé que Joseph Kabila avait été « contraint de sortir du bois sous la pression pour donner la coloration congolaise à cette agression ».
Il a également soutenu que les sanctions internationales et la pression militaire congolaise avaient « asphyxié Kigali », poussant l’ancien président à sortir de sa réserve. Ces déclarations reflètent la lecture politique de Félix Tshisekedi ; elles ne constituent pas, à elles seules, une démonstration indépendante de l’effet de ces mesures sur les décisions de Kigali.
Joseph Kabila désormais à la tête du FRN
Les propos du président interviennent après le retour de Joseph Kabila sur la scène politique, marqué par son discours du 9 octobre, puis par l’annonce de sa prise de direction du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire lié à l’AFC/M23. Cette évolution a ravivé les tensions entre l’ancien chef de l’État et le pouvoir en place à Kinshasa.
Le 16 octobre, l’Union sacrée avait appelé ses structures en RDC et dans la diaspora à organiser des déclarations publiques et des manifestations pacifiques contre Joseph Kabila et le FRN. La plateforme présidentielle présente cette mobilisation comme une action de défense de la souveraineté nationale.
Sanctions et pression militaire au cœur du discours
Félix Tshisekedi a mis en avant la pression exercée sur le Rwanda et les sanctions visant Joseph Kabila pour expliquer, selon son analyse, les récents développements politiques. Le 30 avril 2026, les États-Unis avaient annoncé des sanctions contre l’ancien président congolais, l’accusant notamment de soutenir financièrement et logistiquement l’AFC/M23. Ces accusations sont contestées dans le débat politique et doivent être distinguées des faits judiciairement établis.
Sur le terrain, le conflit dans l’Est demeure marqué par les affrontements entre les forces gouvernementales et les groupes armés. La responsabilité du Rwanda et le rôle de Joseph Kabila dans cette crise sont au centre des accusations portées par les autorités congolaises, tandis que l’évolution de la situation sécuritaire continue de peser sur les efforts diplomatiques.
Un affrontement politique qui se durcit
En accusant Joseph Kabila de contribuer à donner une façade congolaise à une agression extérieure, Félix Tshisekedi place le débat sur le terrain de la souveraineté et de la sécurité nationale. Cette lecture s’inscrit dans la confrontation grandissante entre la majorité présidentielle et le nouveau mouvement dirigé par l’ancien chef de l’État.
Les déclarations du président ne précisent toutefois pas quels éléments concrets permettraient d’établir que la pression militaire et les sanctions ont directement provoqué la prise de position de Joseph Kabila. Les accusations formulées par Kinshasa et les réponses éventuelles de l’intéressé doivent donc être examinées séparément.
La suite de cette confrontation dépendra autant de l’évolution du conflit dans l’Est que des initiatives politiques et diplomatiques engagées par les différentes parties.
Elie NSANA




